Invité Afrique

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RFI - Christophe Boisbouvier

Du lundi au vendredi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'Etat ou rebelle, footballeur ou avocate... L'invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.

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Invité Afrique - Jean-Yves Ollivier: «Le trafic des faux médicaments nourrit le terrorisme, spécifiquement en Afrique»

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Pendant deux jours, vendredi 17 et samedi 18 janvier 2020, la lutte contre le trafic de faux médicaments était au cœur d’un sommet à Lomé au Togo, avec, autour de la table sept chefs d’État du continent. Ce trafic est un fléau pour les populations - 100 000 morts par an - mais aussi pour les économies africaines, car les sommes générées se comptent en milliards de franc CFA. Jean-Yves Ollivier, président de la fondation Brazzaville, une organisation non gouvernementale internationale dédiée à la paix et à la préservation de l’environnement en Afrique, est à l’initiative de ce rendez-vous de Lomé. Il répond aux questions de RFI.

RFI: Peut-on rappeler les risques d’une consommation de faux médicaments ?

Jean-Yves Ollivier: Les risques sont immenses. Cela va depuis l’incapacité du médicament à soigner la maladie pour laquelle on le prend, jusqu’à entraîner la mort. Dans tous les cas, la consommation de faux médicaments ne peut apporter que des désastres et des désordres sanitaires.

Pourquoi l’Afrique est-elle particulièrement concernée par ce trafic ?

C’est le prix. Le prix des médicaments officiels est tellement élevé pour des revenus qui sont faibles que les gens vont chercher ce qu’ils pensent être l’équivalent, à un prix abordable. C’est ça le problème. C’est par rapport au prix des médicaments qu’il faudra trouver la solution.

Y a-t-il également un problème de prévention ?

Le problème de la prévention, c’est qu’il n’y a aucune campagne qui soit faite de façon locale, par la radio ou par la télévision, dans les langues parlées ou bien dans les dialectes. Donc, une des choses que nous envisageons dans le suivi de notre initiative, c’est de mettre des flashs radio et de télévision à la disposition de tous les États, en dialecte aussi. Nous allons essayer de toucher l’ensemble des populations.

Quels sont les manques de la législation actuelle et des systèmes de santé en Afrique ?

La plupart du temps, ce sont les pénalités douanières. Vous importez un container de faux médicaments. Il va causer la mort de milliers de gens mais si on vous attrape, vous allez probablement terminer avec une amende douanière. S’il y a un peu de législation dans le pays, vous allez être condamné à très peu de prison, alors que vous avez importé la mort.

L’idée est donc de criminaliser davantage ?

Criminaliser, unifier les criminalisations mais aussi le droit de suite. Le problème des trafics de faux médicaments, c’est que c’est un trafic transfrontalier, c’est-à-dire que si on ne peut plus exercer dans le pays où on sème la mort, on se déplace à la frontière d’à côté. Il faut, par conséquent, pouvoir aller chercher aussi les criminels dans les frontières d’à côté.

Si l’on s’intéresse au continent africain, est-ce que l’on sait d’où viennent ces faux médicaments ? Où sont-ils produits ?

On a une vague idée, bien sûr. L’Interpol, l’OMS [Organisation mondiale de la santé]… On a identifié les grandes sources de faux médicaments. Elles se situent en Asie: la Chine, l’Inde… On y fabrique des génériques authentiques dans la journée, des faux dans la nuit et on exporte tout cela.

Nous travaillons avec des statistiques assez incertaines mais d’après les sondages, on évalue jusqu’à 70 % de médicaments faux dans certains pays dont le Nigeria (cela, je peux le citer). Le Togo où je me trouve aujourd’hui, reconnaît qu’il y a à peu près 40 % de faux médicaments en disponibilité.

Tout cela se passe, aujourdh'ui, au moment où le trafic a pris une très grande ampleur. Avant, on appelait cela les « médicaments du trottoir ». Ils étaient vendus dans les marchés. Aujourd’hui, on les trouve dans les pharmacies.

Dans les pharmacies et même parfois dans les hôpitaux, quand on lit les témoignages. Que s’est-il passé pour arriver à une telle situation ?

Le prix. Nous ne sommes pas capables de donner aux gens qui veulent se soigner des médicaments abordables. C’est le problème de la santé, en général. Le profit sur les faux médicaments est tel que… vous investissez 1 000 dollars ou 1 000 euros dans un faux médicament et, à la fin, cela va représenter un profit de 500 000 euros ou dollars.

Cet argent qui échappe aux économies nationales, sait-on à quel type d’activité il sert ? Est-ce que cela finance, par exemple, des activités terroristes en Afrique de l’Ouest ?

Nous savons aujourd’hui que le trafic des faux médicaments nourrit le terrorisme, spécifiquement en Afrique, mais ce trafic de faux médicaments va beaucoup plus loin. Il corrompt depuis la base jusqu’au plus haut niveau de l’État et, souvent, ces montants sont mis à disposition pour des campagnes électorales. C’est inimaginable le mal que fait ce trafic.

Sait-on quelles sont les portes d’entrée, sur le continent, de ces faux médicaments ?

Ils répondent au trafic du grand banditisme. Ce sont  les mêmes chaînes d’action - les triades ou des bandes organisées - qui ont toujours acheminé des produits contrefaits ou faux. Ce sont les mêmes circuits qui importent les fausses cigarettes qui ont, nous le savons, financé en grande partie le terrorisme dans le monde entier. On importe le faux avec des circuits très bien établis qui rentrent soit par les ports soit par les frontières terrestres et on réexporte l’ivoire, les cornes de rhinocéros, etc. C’est très organisé. Il a deux semaines ou trois, il y a eu 200 containers de faux médicaments qui ont été saisis dans le port de Conakry.

Justement ces dernières années, il y a eu des saisies de faux médicaments. Vous avez mentionné Conakry. Il y a eu également Cotonou, Lomé, Abidjan. Est-ce que pour vous, c’est un signe que la répression s’accentue ?

Cela démontre d’abord que le trafic est là et que ce qui a été saisi est infime par rapport à ce qui est consommé. Mais surtout, cela démontre que saisir n’est pas suffisant. Il faut pénaliser, il faut criminaliser. Si vous regardez tous les États que vous m’avez cités et qui ont fait des actions de saisie, allez leur demander ce qu’ils ont fait des criminels qui ont introduit ces faux médicaments. Il n’y en a pas un qui est en prison.

► À écouter aussi : Abdou Niang : les faux médicaments « accroissent la mortalité »

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Invité Afrique - Un 3e mandat pour Alpha Condé ? Washington indécis

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Que pensent les États-Unis du statut spécial accordé par le président Paul Biya aux deux provinces anglophones du Cameroun ? Les Américains sont-ils pour ou contre un éventuel troisième mandat du président Alpha Condé en Guinée Conakry ? Tibor Nagy est le secrétaire d’État adjoint aux Affaires africaines, autrement dit le « Monsieur Afrique » de Donald Trump. De passage à Paris avant une tournée en Afrique, qui commence demain, samedi 18 janvier, par Bangui, le diplomate américain répond aux questions de RFI.

RFI : Votre collège de la Défense annonce une réduction des effectifs militaires américains en Afrique. Est-ce à dire que vous allez rapatrier les quelque 7 000 soldats américains déployés sur le continent ? Est-ce que vous allez fermer notamment la base de drones qui vient d’ouvrir à Agadez, au Niger ?

Tibor Nagy : Je pense que cette question est prématurée. Pour moi, il n’y a pas encore eu d’annonce ferme ou chiffrée. Évidemment, le ministère de la Défense est en train d’évaluer les meilleurs endroits où déployer ses effectifs. Donc, je vous encourage à interroger le ministère de la Défense. Ce que je peux dire, c’est que le gouvernement américain demeure extrêmement engagé au Sahel, car, nous le savons, la menace sur place n’est pas que militaire. Elle est liée aux problèmes de stabilité et de développement. J’ajoute que nos programmes sécuritaires ne sont pas tous gérés par le ministère de la Défense. Le Département d’État finance plusieurs programmes de formation à la stabilité et aux droits de l’homme.

Oui, mais la France s’inquiète. Lundi, Emmanuel Macron a dit : « Ce serait un éventuel retrait américain. Ce serait une mauvaise nouvelle pour la France ». Est-ce que vous entendez son message ?

Pour cela, vous devez poser la question à mes collègues français.

Au Cameroun, suite à une grande conférence nationale en octobre dernier, le président Biya propose un statut spécial pour les deux provinces anglophones du Sud-Ouest et du Nord-Ouest. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Le Cameroun, c’est un pays qui m’empêche de dormir pour lequel mon cœur saigne. Oui, le Dialogue national a été un pas positif. Oui, la libération des prisonniers politiques par le président Biya a été un pas positif. La semaine dernière, j’ai rencontré l’un de ces opposants, monsieur Maurice Kamto. Mais ce qui compte maintenant, c’est la mise en œuvre des décisions. Ce que veulent plus que tout les populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, c’est une décentralisation authentique. Elles ne veulent pas d’une décentralisation symbolique, avec juste des mots sur le papier et des beaux discours. Malheureusement, chaque jour qui passe, de plus en plus de personnes de ces deux régions sont tentées par la solution d’avoir leur propre pays. Pour les États-Unis, c’est une mauvaise solution, car le Cameroun est un seul pays avec deux systèmes. Mais il faut une réelle décentralisation. La clé, c’est la mise en œuvre, c’est ce qui se passe sur le terrain.

Donc ce que vous dites, c’est que, c’est un premier pas, mais cela ne suffit pas ?

Oui, parce que vous pouvez avoir une conférence et des conclusions. Mais après, que se passe-t-il sur le terrain ? Quelle proportion du budget de l’État est consacrée à la décentralisation ? À quels postes sont placés les gens élus et les gens nommés ? S’il y a des postes électifs, y aura-t-il des postes hiérarchiquement supérieurs qui relèveront d’une nomination du président ? Les populations doivent prendre le contrôle de leur propre vie et de leur héritage.

En Centrafrique sont déployés plusieurs centaines de militaires russes. Les uns, comme conseillers, les autres, comme membres de milices privées. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

C’est l’une des raisons pour lesquelles je vais à Bangui. Je vais visiter un certain nombre de pays. Et en dépit de ma longue histoire avec l’Afrique, ce sont des pays que je ne connais pas encore. J’ai vu le président Touadera à Washington. Et figurez-vous que, le président étant professeur et moi-même ayant fait un parcours académique, nous allons donner ensemble un cours dans l’université de Bangui où le président continue d’enseigner. J’en suis ravi. À Bangui, je vais évaluer la situation et voir les perspectives pour les élections de la fin de cette année.

Mais êtes-vous préoccupé par la présence militaire russe ?

En tout cas, je veux en savoir plus sur la situation des Russes. Leurs capacités formelles. Leurs capacités informelles. Car nous le savons, la Centrafrique est un pays extrêmement riche, mais cette richesse n’est pas entre les mains du gouvernement central. Dans son ensemble, la communauté internationale travaille à réunifier le pays. Il y a des anciens présidents qui rentrent. La situation est très dynamique. Mais dans la communauté internationale, nous voulons nous assurer que chacun ne tire pas la couverture à soi.

En Guinée Conakry, le président veut soumettre le projet d’une nouvelle constitution à référendum. Cela pourrait lui permettre de se représenter à un troisième mandat. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Cela me touche aussi personnellement, car je connais le président Alpha Condé depuis des décennies. Depuis l’époque où il était prisonnier politique.

Vous étiez des amis…

Nous considérons que chaque pays a le droit de décider quel est son système politique et quelle est sa Constitution. Dans notre propre histoire, nous avons un président qui a fait quatre mandats, puis nous avons limité à deux mandats. C’est une chose de modifier sa Constitution en donnant la parole au peuple et en suivant un processus clair. Mais là où nous avons un problème, c’est quand les dirigeants changent une Constitution uniquement pour se maintenir en place.

Est-ce le cas aujourd’hui en Guinée ?

Je ne sais pas. Nous surveillons cela de très près. Il y a eu des évènements très inquiétants, avec des violences, des manifestations violentes et une répression violente. Notre ambassadeur est très impliqué et, à Washington, on regarde également cela de très près.

Il y a quelques jours, le ministre français des Affaires étrangères a déclaré : « Une réforme de la Constitution guinéenne ne nous paraît pas être obligatoirement partagée, ni par sa population ni par les voisins de l’État guinéen ».

On dit exactement la même chose. Le peuple de Guinée est le fondement de la souveraineté nationale et du pouvoir d’État. Si le processus est soutenu par le peuple, alors il est acceptable. S’il ne l’est pas ou s’il est manipulé, alors il n’est pas approprié. Dans ma position, il est très inconfortable de dire : ceci peut avoir lieu ou pas, ceci est bien ou mal. Car au bout du bout, ce n’est pas aux autres pays ou à quiconque d’autre de décider, c’est au peuple. Le pouvoir doit rester au peuple.

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Invité Afrique - Franc CFA: «La monnaie, une affaire du peuple», selon l’opposant sénégalais O. Sonko

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Ousmane Sonko avait fait de la réforme du franc CFA un cheval de bataille pendant la campagne pour la présidentielle de février 2019. Le président du parti Pastef/ Les Patriotes, arrivé 3e avec plus de 15% des voix, parle de « grande victoire pour les jeunesses africaines » après l’annonce du passage à l’Eco fin décembre à Abidjan. Pour l’opposant qui se dit « radical », cela annonce une nouvelle dynamique, notamment dans les relations avec la France.

RFI : Que pensez-vous de la réforme du franc CFA annoncée en décembre dernier à Abidjan ?

Ousmane Sonko : C’est un bon début. Sur les questions liées à l’appellation, au dépôt des réserves de change à la Banque française et même à la présence française dans les institutions, on a fait un bond qualitatif. Mais nous considérons que maintenant il faut s’atteler aux questions techniques, la question de la parité fixe, et il y a la question également de l’institution qui doit gérer cette monnaie. Nous, les opposants et la société civile africaine, qui avons porté ce combat depuis pas mal de temps, nous nous étions opposés à nos présidents qui disaient que le franc CFA est une excellente monnaie. Donc si cela change, c’est parce que la France a décidé, uniquement avec un président, d’une monnaie qui concerne huit pays. On n’a entendu jusqu’à présent aucun autre président de cette zone s’adresser à son peuple. Or, la monnaie est une affaire du peuple. Mais au-delà, il y a des aspects positifs. Le président Macron a dit : « J’ai écouté et entendu la jeunesse africaine ». C’est un pas important. Le président français et la France ont compris qu’il est temps d’écouter un peu plus les Africains et d’aller vers un changement du paradigme qui fonde nos relations. Il n’y a pas de sentiment anti-français, en réalité. Il y a un sentiment patriotique et panafricain. Je crois que le président Macron a compris cela. J’ose espérer que cette dynamique va continuer.

Quel regard portez-vous sur la coopération entre la France et les pays du G5 Sahel sur le plan militaire, dans la lutte contre le terrorisme ?

Ce qui se passe traduit notre échec total. Dans ces pays, il y a des zones entières qui ont été totalement délaissées. Donc c’est un échec africain, un échec de la Cédéao. Si ces pays considèrent qu’ils n’ont pas la capacité de le faire et qu’ils font appel à la France, cela relève de leur souveraineté, mais la France, aussi, doit respecter les opinions publiques nationales. J’ai été au Niger récemment et j’ai entendu le président nigérien dire que, tous ceux qui réclament le départ des troupes françaises sont des suppôts du terrorisme. Cela veut dire que toute opposition, citoyenne ou politique, peut-être demain qualifiée d’apologie du terrorisme ou je ne sais quoi. Et ces présidents - nos présidents - vont s’en servir pour « mâter » l’opposition.

Vous évoquiez un voyage récent au Niger au mois de décembre. Vous souhaitez donner une dimension panafricaine à votre combat. Sur quels thèmes et avec quels alliés ?

Il y a, de plus en plus, des mouvements patriotiques, progressistes, panafricains, qui émergent partout en Afrique. Nous devons pouvoir créer un lien, un réseau. C’est cela, l’objectif de cette internationale qui a été lancée avec des leaders politiques de six pays : Niger, Burkina Faso, Sénégal, Guinée Conakry, Tchad et Togo. Nous allons l’élargir progressivement et nous envisageons de tenir un grand congrès pour la lancer officiellement, très prochainement.

Au Sénégal, les travaux du dialogue national viennent de débuter et vous n’y participez pas. Il y a pourtant à l’ordre du jour des thématiques qui vous tiennent particulièrement à cœur, notamment la gestion des ressources naturelles ou la gouvernance. Est-ce que ce n’est pas une occasion manquée de faire entendre vos positions ?

Au contraire, le dialogue peut brouiller nos positions. Quelle est la pertinence d’organiser un dialogue national au Sénégal ? C’est un pays paisible. Pourquoi éprouver le besoin de convoquer une sorte de conférence nationale dans un pays comme ça, qui est sorti d’une élection il y a un peu moins d’un an ? Cela va aboutir à une distribution du gâteau, au gouvernement d’union nationale, etc. Nous ne sommes pas preneurs.

Votre parti Pastef-Les Patriotes vient de fêter ses six ans d’existence. Quels sont vos objectifs et quelle est la stratégie, maintenant ?

C’est, de continuer à grandir. Vous savez que nous sommes un parti qui est né du néant politique, contrairement à ce qu’on avait l’habitude de connaître, où les gens font leurs classes politiques dans de grands appareils. Nous allons continuer ce travail, mais nous allons aussi beaucoup travailler à structurer ce parti pour nous doter d’un appareil politique et d’une machine électorale.

Et avec quelle convergence, avec les autres leaders de l’opposition, Khalifa Sall, Idrissa Seck, Abdoulaye Wade ?

Actuellement, chacun a son organisation politique et la gère.

Donc c’est chacun pour soi ?

Non, nous avons un cadre, un front, pour aborder ensemble un certain nombre de questions.

Le Front de résistance nationale, que vient de quitter le PDS d’Abdoulaye Wade…

J’ai entendu que le PDS a quitté l’organisation... Nous avons ce front. Au-delà, nous, nous ne sommes en coalition avec aucun des acteurs politiques que vous avez cités. Mais nous gardons des relations courtoises et nous restons ouverts, pour certains en tout cas, à envisager ces possibilités-là.

Et vous, dans l’opposition, vous voulez incarner cette opposition radicale, c’est cela ?

On est nés dans la radicalité. Nous, nous venons pour nous opposer et nous opposer fermement. Non pas à un homme, mais à un problème de système. Et c’est pourquoi vous avez des gens qui ont travaillé avec le président Senghor, qui ont travaillé avec le président Diouf, qui ont travaillé avec le président Wade, qui aujourd’hui sont encore responsabilisés par le président, alors qu’ils sont d’idéologies totalement différentes. Notre classement volontaire dans cette rubrique d’opposition radicale, ce n’est pas par rapport à Macky Sall. Tant qu’on focalisera le débat sur un homme, on va faire des alternances, mais on ne fera pas dans l’alternative.

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Invité Afrique - Conflit en Libye: Ghassan Salamé souligne le fossé entre les propos et les faits

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Ghassan Salamé est le chef de la médiation des Nations unies en Libye depuis 2017. C'est lui qui était à l'initiative de la Conférence nationale qui devait déboucher sur une pacification du pays. Mais l'offensive de Khalifa Haftar sur Tripoli le 4 avril 2019 a ruiné son projet. Aujourd'hui, le diplomate doit avant tout composer avec les ingérences étrangères et les initiatives diplomatiques parallèles. Ghassan Salamé est notre invité, interrogé par Mathieu Galtier.

RFI : Le départ de Khalifa Haftar, mardi soir, de la réunion à Moscou, marque-t-il la fin de l’espoir d’un cessez-le-feu, selon vous ?

Ghassan Salamé : Il y a d’un côté l’appel au cessez-le-feu lancé par les deux présidents turc et russe, il y a une semaine, et il y a la réunion de Moscou, hier. Ce sont deux choses assez distinctes. Je note, avec beaucoup de satisfaction que l’appel au cessez-le-feu de la semaine dernière a été entendu par les parties, et que le cessez-le-feu, en dépit des violations inévitables ici et là, a tenu. Et il a tenu, aussi, après la réunion de Moscou, hier.

Donc pour vous, la conférence de Berlin est toujours d’actualité. Quel est son objectif ?

J’espère qu’en ce début d’année 2020 on est entré dans une nouvelle logique, où la conférence de Berlin devrait pouvoir assurer le minimum de consensus international sur la voie à suivre. Et à l’intérieur, que le projet qu’on a mis en place, et dont on a commencé l’exécution depuis le 6 janvier, aboutisse cette fois-ci avec un encouragement plus ou moins sincère, mais un encouragement quand même, des puissances extérieures impliquées en Libye.

Est-ce à dire que les acteurs internationaux sont davantage responsables de la situation libyenne que les acteurs libyens eux-mêmes ?

Ce n’est pas dans mon caractère de distribuer les blâmes à droite et à gauche. Est-ce que les États impliqués en Libye font dans la duplicité ? Absolument. C’est certain. Mais qui est dupe de cela ? Je dois vous avouer une chose. Je me suis occupé d’autres conflits dans ma vie et je n’ai jamais vu un fossé aussi grand entre ce que l’on dit et ce que l’on fait, comme je le vois en Libye. Si je vous disais, par exemple, que le Conseil de sécurité a adopté un embargo sur les armes vers la Libye et qu’il y a plus d’une douzaine d’États qui ont violé cet embargo, au moins pour l’année 2019, vous comprendrez ce que je dis par « duplicité ».

Justement, avez-vous des preuves de l’envoi en Libye de combattants par la Turquie ?

Nous n’avons aucun indice du déploiement de troupes régulières turques, mais il se peut qu’il y ait des experts militaires turcs et il y a certainement des membres de l’opposition syrienne qui ont été envoyés en Libye. Donc effectivement, il y a beaucoup de nationalités représentées dans les deux camps. Cela dit, il faut faire une distinction. Il y a des experts officiels représentants des gouvernements. Il y a des troupes prêtées par tel ou tel État. Il y a des firmes militaires privées. Il y a des gens qui sont là pour des raisons idéologiques, en groupe. On ne peut pas tout mettre sous le titre de mercenaire. Il y a des mercenaires. Il y a des gens qui viennent ici uniquement pour le fric. Ça, c’est sûr. Ils combattent pour le fric. Il n’y a pas que cela. La Libye, et surtout depuis le déclenchement des hostilités sur Tripoli, le 4 avril dernier, a attiré et attire encore aujourd’hui même, toutes sortes de gens qui portent les armes et qui viennent combattre, mais dont les motivations et le statut légal sont très différents.

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Invité Afrique - Sommet de Pau: «220 soldats contre un commandement conjoint» (spécialiste)

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Il y aura désormais un « commandement conjoint de la force Barkhane et de la force du G5 Sahel », annoncent les six chefs d’État du Niger, du Tchad, du Burkina, du Mali, de la Mauritanie et de la France, au terme de leur sommet à Pau, dans le sud-ouest de la France. Qu'est ce que cela va changer sur le terrain dans la guerre contre les jihadistes de l'État islamique au grand Sahara ? Pour Jean-Marc Tanguy, spécialiste des questions militaires et journaliste blogueur, c'est donnant-donnant.